Candide, 3ème

9 Juin

CHAPITRE 3 : Candide soldat
Candide : « le jugement assez droit avec l’esprit le plus simple ». Après avoir été « chassé du paradis terrestre », il s’enrôle dans l’armée malgré lui, et doit participer une guerre. But de Voltaire : condamner la guerre, en racontant une histoire. Efficacité du style voltairien : petites phrases, sans liaisons : style fluide, sautillant, allègre.

1ére scène: recrutement. Ces hommes en bleu sont des soldats recruteurs.

2ème scène : l’entraînement ; puis la désertion suivie d’un traitement barbare, et d’une grâce.
Enfin, la guerre entre les armes, et le martyre des civils. Cette guerre est la guerre de 7 ans ; les Bulgares sont les Prussiens (importance de la taille) ; les Abares sont les Français.

Après la sortie du Paradis, tous les malheurs accablent Candide : le froid, la faim, le manque d’abri, le désespoir. Nous devons tout deviner, les détails doivent s’expliquer par la suite. Le quiproquo s’installe : les recruteurs lui parlent avec une exquise courtoisie feinte (il faut le piger). Concert de « Messieurs, Monsieur ». Les questions sont insolites. Il faut amener Candide à signer, boire à la santé du Roi des Bulgares, recevoir sa 1ère solde. On lui dit qu’il deviendra « héros », etc. Héros devient synonyme de soldat, et de plus en plus ridicule. Acharnement de Voltaire.

2ème scène sans transition, passage de la courtoisie la brutalité. On doit en faire un automate. On entend presque les commandements. Héroïsme = manœuvrer comme une marionnette et se faire battre. La désertion : Candide se promène naturellement : il croit en la liberté du soldat. On lui donne le choix entre 2 supplices : critique de la philosophie du libre-arbitre ? Voltaire montre froidement, et même de façon cocasse, une scène horrible. Intervention du Roi des Bulgares. A Postdam, Voltaire avait assisté la punition d’un soldat (Frédéric aimait ce spectacle). Il tait intervenu. Ici, ironie. « Il avait un peu de peau » = style de Pangloss.

La bataille : on se croirait à la parade. Géniale description : les canons s’ajoutent aux instruments. Progression du plus aigu au plus sourd : on attend « timbales », on a « canons ».
Harmonie infernale : la guerre est un enfer. Compte mathématique et méthodique : canons, mousquets, baïonnettes : ordre normal d’une bataille. Horriblement sanglante : mais Voltaire le dit froidement (traitement comique de l’horreur). Il se moque de l’optimisme : « Raison suffisante », jargon (« cause / effet »). « Trembler comme un philosophe » : un philosophe devrait se maîtriser, mais il est normal d’avoir peur. La guerre = « boucherie héroïque ».

« Te Deum  » : actions de grâce. Chacun de ceux qui fait la guerre prétend avoir Dieu dans son camp. Cela révolte Voltaire. D’autre part, chacun pense avoir gagné : donc la boucherie était inutile.

Tableau de la souffrance des civils : réalisme, détails atroces. Le même spectacle se retrouve dans chacun des deux camps : chacun est responsable.

Voltaire attaque ici la théorie de Rudendorf ou de Grotius qui légitimaient la destruction des terres de l’ennemi.

Dernière image, pathétique : Candide reste seul, infiniment triste, petite silhouette, dernier refuge de la conscience humaine. (CF théâ tre d’ombre, ou films de Charlie Chaplin).

Plan de commentaire :
1. Valorisation de la guerre :
adjectifs appréciatifs (beau, leste, brillant…)
dépréciation des victimes : 10 000 coquins…
les Te Deum : solennité et sacré.
Une valorisation naturellement ironique (harmonie infernale).
2. La « boucherie héroique »

Sur quoi Voltaire met-il l’accent ? Parallélisme des situations, innocence et souffrance des victimes : la guerre est atroce, absurde ; elle ne sert rien.
3. Tonalité générale du texte, jeu des points de vue.

D’où vient l’efficacité de la dnonciation ? Point de vue interne (Candide) et externe (sur Candide). Froideur apparente et ironie. Traitement comique de l’horreur.

Correction du commentaire.

Un exemple de présentation du conte.

Dans Candide, conte philosophique publié en 1759, Voltaire utilise les caractéristiques du conte tra­ditionnel pour les mettre au service d’une démons­tration philosophique. Son objectif avoué est, paral­lèlement à une réflexion sur la providence, de dire sa critique à un optimisme qui l’exaspère, optimisme essentiellement illustré par la pensée de Leibniz et résumé « dans le tout est bien ou tout est pour le mieux » du maître à penser Pan­gloss.
Voltaire entreprend donc de mettre en scène un jeune héros naïf, nourri de cette pensée opti­miste, et de le confronter, au fil d’un périple qui apparente le conte à un roman d’éducation, à une mul­tiplicité d’aventures qui révèlent que tout va mal. Le déroulement du conte rapporte la succession d’aventures cruelles vécues par Candide et la manière dont, au cours de son apprentissage du monde, il se libère de l’influence de son maître, parvenant pro­gressivement à porter sur le monde un regard non entaché d’idéalisme et à donner sa propre définition de l’optimisme.
Le résultat est une indépendance d’esprit qui se double d’un réalisme pragmatique illustré par la philosophie du jardin (chapitre 30). Au constat Pessimiste d’une certaine forme d’impuissance (il est impossible à un homme seul d’in­fluer sur la marche du monde) s’oppose la confiance dans l’esprit humain, jardin qu’il est possible de cul­tiver inlassablement à condition, peut-être de modé­rer ses ambitions matérielles.
À sa publication, le conte connaît un grand succès et son auteur est reconnu, malgré les subterfuges qu’il utilise pour se masquer (le conte est présenté comme une traduction, l’auteur serait un certain Docteur Ralph). Le réalisme, les emprunts à l’Histoire, le tableau politique et social que comporté le conte ne sont pas étrangers à ce succès. Il faut ajouter les aventures vécues par le héros, le romanesque, et l’as­pect. Constamment libertin : la synthèse de tous les éléments et la concision du récit expliquent la péren­nité de Candide et sa constante actualité.

Un exemple de commentaire.

INTRODUCTION : dire ce dont on va parler et présenter ce qu’on va en dire.

Situer l’extrait dans le conte ;
Situer le thème dans l’ensemble de l’œuvre de l’écrivain ;
Faire preuve de culture.
Présenter l’extrait en le résumant ;

Donner la problématique d’analyse ;

Présenter le plan du commentaire

DEVELOPPEMENT : il suit l’ordre du plan annoncé dans l’introduction.

Organisation et structure de l’extrait ;
Donner sa lecture ; la justifier par une analyse qui se fonde sur des relevés précis du texte.
(Guerre = beauté, esthétique parce que connotation méliorative : « beau, leste, brillant, ordonné » et superlatif « si »)

Expliquer comment a été construit le texte pour donner du sens à la lecture.
(Présence de la guerre = champ lexical et comptabilité des morts)
Donner l’effet de la lecture sur le lecteur ; quel point de vue peut-il adopter.
(à travers le regard naïf de Candide – tout a une justification suffisante – la guerre est utile = nettoyage et jeu de destruction parce que le lexique l’indique)
Conclure le paragraphe.
Conclure la partie en reprenant les conclusions de chaque paragraphe.
Dans le chapitre 3 de Candide, le héros éponyme chassé du paradis, s’est fait enrôler malgré lui, selon les méthodes en vigueur à l’époque et se retrouve sur un champ de bataille où s’opposent Abares et Bulgares. Son expérience du monde est alors celle de la guerre et de ses horreurs, (auxquelles Voltaire s’attaque à plusieurs reprises, dans l’article « Guerre » du Dictionnaire Philoso­phique aussi bien que dans Micromégas. il met à chaque fois en relief l’arbitraire des déclarations de guerre, la manière dont sont traités les civils, le goût des hommes pour la violence et pour le pouvoir, les relations presque constantes entre la guerre et la reli­gion).
Rien n’est pour le mieux parce que parmi les maux qui accablent les hommes figure la guerre.
L’extrait donné ici, très célèbre, est le début du cha­pitre, qui présente un tableau du champ de bataille vu par Candide, témoin et presque acteur, ou victime. La distorsion entre ce qui est vu, avec la « correction philosophique » de l’optimisme, et la réalité de la guerre donne au passage une force dénonciatrice, qui passe, comme souvent dans le conte philosophique, par l’ironie. C’est ce que nous allons tenter de montrer ici. Pour ce faire nous étudierons comment se présente la guerre dans ce passage ; puis, nous montrerons que le texte fonctionne sur des effets de distorsions ; en fin, nous analyserons les éléments critiques présents dans l’extrait.

Les différentes images de la guerre.

La structure de l’extrait montre qu’il est construit sur deux paragraphes qui donnent chacun, comme le montre le développement du champ lexical domi­nant, une image de la guerre, mais vue sous un angle différent.
1°) Un spectacle esthétique et justifié : le premier paragraphe, consacré à une vision panoramique du champ de bataille, donne de la guerre une image esthétisante. On note une présentation valorisante, qui n’évoque pas, tout d’abord, la violence ni la des­truction. Quatre adjectifs de connotations positives, « beau, leste, brillant, ordonné ») sont eux-mêmes mis en relief par un adverbe d’intensification « si », dans une structure syntaxique ayant valeur de super­latif, « rien n’était… que ». L’aspect visuellement spec­taculaire, qui renvoie à des tableaux de batailles, se double d’une présentation auditive et musicale, à travers l’énumération de quatre instruments de musique présents au début de la seconde phrase. L’évocation de la musique vient aussi de l’emploi du mot « har­monie ». Parallèlement, la guerre est signalée par la présence d’un champ lexical de la destruction, qu’il s’agisse des armes : « canons, mousqueterie, baïon­nettes », ou de la macabre comptabilité qui permet d’accumuler, grosso modo, les chiffres des pertes : « neuf à dix mille, quelques milliers, trentaine de mille ». Le lecteur, adoptant alors le point de vue « phi­losophique » de Candide, ne trouve à cette situation rien d’anormal : ceux dont on se débarrasse sont peu recommandables, comme le souligne le terme « coquins », et la justification figure dans l’expression « raison suffisante » par laquelle Pangloss a cou­tume de tout expliquer. La guerre, si destructrice soit­-elle, est présentée presque sous la forme d’un jeu de destruction qui permet de délivrer le monde d’une maladie (le terme « infectaient » se situe sur le même plan que le terme « coquins ».) Spectaculaire et quelque peu esthétique, elle est présentée sous une forme qui valorise plus son côté « héroïque » que son aspect « boucherie ».

2°) Les aspects réalistes de la guerre : le second paragraphe est centré, lui, sur la découverte de l’hor­reur, après celle de l’ordre et de l’organisation. On y observe une concentration très forte d’images cor­respondant cette fois à la notion de « boucherie » : insis­tance sur le nombre de victimes, de manière plus per­ceptible à travers l’expression « tas de morts et de mourants », sur les moyens de la destruction, « cendres, brûlé, égorgées, criblés de coups, éventrées, à demi brûlées, coupés ». Les termes désignant ceux qui sont atteints : « vieillards, femmes, enfants, filles » rappellent qu’il s’agit des civils et non des combattants. L’évo­cation insiste ainsi sur les ravages de la guerre à l’arrière, comme le montre le mot « village », et sur la destruction systématique des populations de manière barbare. Le tableau qui est celui de l’épou­vante et de l’horreur, s’oppose au spectacle res­plendissant des armées rangées.

L’analyse thématique des deux paragraphes permet ainsi de faire apparaître trois visions susceptibles de faire réagir Candide : la vision esthétique et philoso­phiquement « justifiée » du premier paragraphe entraîne la fuite de Candide vers un autre terrain de la guerre, face auquel il ne trouve plus aucune justification ni explication. Cette présentation de la guerre est à lire aussi à travers le point de vue du philosophe qu’est Voltaire. À la vision phi­losophiquement fausse s’oppose constamment, par le jeu de l’énonciation, des modalisateurs et des anti­phrases ironiques, la vision humaniste qui souligne le caractère inacceptable de la guerre.

Les effets de distorsion.

Ils sont dus à l’intrusion dans le texte d’éléments inat­tendus, en rupture avec ce que pourrait attendre un lecteur « naïf », proche de Candide.
1°) Des choix lexicaux et stylistiques : on remarque que viennent s’insérer, dans la présentation de la guerre, des éléments de référence qui semblent, mais pas toujours immédiatement, en décalage. C’est le cas des « canons » qui terminent l’énumération des instru­ments de musique de l’orchestre militaire. C’est éga­lement le cas du comparant qui apparaît à la ligne 3, formant la chute inattendue de la phrase « en enfer ».
Il faut également remarquer l’utilisation de tout un lexique « philosophique », ce terme étant pris par rap­port à Pangloss et à son enseignement. Les expressions « meilleur des mondes, raison suffisante, comme un philosophe, raisonner ailleurs des effets et des causes » jouent le rôle de clin d’oeil ou de référent culturel à l’adresse du lecteur avec lequel le narrateur établit ainsi une complicité. C’est une manière de rappeler l’enseignement dont est nourri Candide et de faire apparaître à quel point il est inadapté à la situation décrite.

2°) Des figures de style et des connotations sou­lignant la position du narrateur : le terme « coquins », volontairement péjoratif, est en distorsion comme le mot « héroïque », utilisé par antiphrase pour désigner des hommes au comportement barbare. On peut dire la même chose de l’expression selon « les lois du droit public » qui insiste sur le caractère légal et conventionnel des pires comportements humains. L’insistance sur la codification et sur le caractère en apparence ordonné, normé et conventionnel de la situation, est perceptible tout au long du texte, fai­sant de la guerre une sorte de rituel justifié qui englobe aussi bien le spectacle initial que les chants d’action de grâce (les « Te Deum »), que la comptabilité des morts.
Ces différents éléments en distorsion, qui rapprochent des éléments antinomiques, la valorisation de la guerre, la justification des massacres, les héros se comportant avec barbarie, sont révélateurs d’une tonalité ironique qui attire l’attention sur des anomalies et conduit à faire réfléchit le lecteur, en frappant sa sensibilité et en le faisant réagir, comme Candide. Le narrateur signale ainsi qu’il ne souscrit pas à la présentation admirable et élogieuse que perçoit sont héros et fait comprendre au lecteur où se situent les erreurs d’appréciation.

Les éléments critiques

La représentation ironique de la guerre conduit à penser que la critique porte uniquement sur cet élé­ment. En réalité, le chapitre 3 vise aussi plusieurs autres domaines.

1°) La critique de la guerre : elle est première et passe par une présentation descriptive qui souligne que derrière l’aspect spectaculaire et théâtral, que certains admirent pour son ordre, sa beauté et son organisation, on découvre l’horreur, la barbarie, les massacres par­fois justifiés par des conventions et des lois. Ces diffé­rentes composantes de la guerre sont envisagées : importance humaine des pertes militaires, indifférentes aux responsables mais permettant de distinguer les vainqueurs (premier paragraphe), situation catastro­phique des populations civiles, en particulier des êtres les plus faibles et les plus désarmés (ceux, qui, habi­tuellement, ne se battent pas), inconscience et res­ponsabilité des rois qui envoient à la mort des armées entières pour ensuite remercier Dieu du carnage.
Cette critique de la guerre est peut-être entièrement contenue de manière symbolique dans le nom des deux peuples qui se massacrent, « Abares et Bulgares », car ils suggèrent implicitement et de manière paronymique, les barbares qu’ils sont.

2°) La critique de l’optimisme : la vision que Candide a de la guerre renvoie à l’explication « pan­glossienne » du monde et de ses modes de fonctionnement, avec une justification pour tout. Beauté, explications, admiration entrent dans cette conception selon laquelle tout est « nécessairement au mieux ». La philosophie de « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » se trouve battue en brèche par l’existence de ce mal suprême qu’est la guerre sur le plan social, territorial, humain.

Conclusion.

Les deux premiers paragraphes du chapitre troisième amène Candide à découvrir la guerre. Dans le cadre de la démonstration visant l’optimisme, la guerre se révèle comme un démenti absolu à l’idée que tout est pour le mieux. Candide perd là quelques illusions et le narrateur commence à lui fournir les éléments qui permettront de remettre en cause les théories enseignées par son maître Pangloss.
Il faut aussi remarquer que la dénonciation de la guerre correspond à une démarche voltairienne de refus de tout ce qui est une atteinte aux droits de la personne humaine, à son intégrité physique, à sa vie. Voltaire défend ici les points de vue humanistes de la philosophie des Lumières.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :