A chacun son cinoche !

30 mai

Pour ceux qui se sont rendormis !!! Tout sur le lien ci-dessous !

 

 

Chacun son cinéma de Gilles Jacob

BAUDELAIRE, LES FLEURS DU MAL – « SPLEEN ET IDÉAL » XXI – PARFUM EXOTIQUE, 1857.

30 mai

LECTURE ANALYTIQUE DU POÈME (Questions Bibliolycée pp. 69 à 72)

 

Prosodie et structure du poème.

 

1 – On retrouve les mêmes sons à la rime placés au même endroit dans chacun des deux quatrains. Baudelaire suit en cela les préceptes de Boileau qui affirmait qu’il fallait qu’« en deux quatrains de mesure pareille, la rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille ». Le schéma des rimes des quatrains est donc le suivant : abba, abba (a : son [on], b : son [œ]). Les rimes sont embrassées (c’est la règle) et Baudelaire respecte également la règle d’alternance de la nature des rimes (féminine, masculine).

Les tercets ont des rimes (sons [a], [έ], [je]) et une disposition dit1erentes (rimes plates puis croisées ou alternées : ccd/ede).

On remarque donc une opposition entre les rimes des quatrains et celles des tercets.

 

2 – Ce sonnet comprend deux phrases qui séparent les quatrains des tercets. La première phrase s’étend en effet sur les deux quatrains, la seconde phrase sur les deux tercets.

 

3 – La première phrase (v.1 à 8) est formée d’une proposition subordonnée circonstancielle de temps (v. 1 à 2) qui précise le contexte et d’une proposition principale qui donne à voir le paysage (lieux, lumière, végétation, population) aux vers 3 à 8.

À l’inverse, la seconde phrase commence par une proposition principale (v. 9 à 11) et se poursuit avec une proposition subordonnée circonstancielle de temps (v. 12 à 14).

On constate donc une sorte de chiasme syntaxique, une Structure en miroir : subordonnée/principale // principale/subordonnée (soit ABBA). L’organisation syntaxique est   symétrique : un axe de symétrie imaginaire et invisible semble séparer les quatrains des tercets

4 – La structure formelle du sonnet semble montrer une nette opposition entre les quatrains et les tercet’), tant sur le plan prosodique que syntaxique.

 

5 – Si l’on compare le premier quatrain et le premier tercet, on constate de très nombreuses similitudes thématiques : le paysage du premier quatrain semble se répéter, se refléter et se dédoubler dans le premier tercet, comme sous l’effet d’un miroir. En effet, le vers 9 semble reprendre le vers 1, le vers 10 reprend par anaphore le début (coupe1) du vers 3 (« Je vois »). D’autres reprises thématiques renforcent cette impression : le vers 9 (« charmants climats » fait écho au vers 1 (« soir chaud  dautomne »). Le « port » du vers 10 reprend les  « rivages » du vers 3, L’adjectif « fatigués » au vers 1 rappelle « paresseuse » (v. 5). On note donc un approfondissement et un dédoublement entre le premier quatrain et le premier tercet.

6 – Le même phénomène de reprise et d’approfondissement se reproduit entre les vers 5-6 et 12-13. Les «verts tamariniers » du vers 12 semblent préciser l’évocation des « arbres singuliers » du vers 6. Dans ce dernier tercet, Baudelaire précise en outre l’intérêt capital de cet arbre dans la logique thématique du poème : il s’agit de son « parfum » qui donne naissance à des synesthésies[1]

 

7 – Ce poème montre une organisation harmonieuse et symétrique faite de différences et de répétitions. La structure du sonnet proposait un cadre favorable à  l’antithèse (voir Henri Weber, La Création poétique au XVIème siède : « le sonnet se prête particulièrement à l’antithèse ;», mais Baudelaire a su utiliser les ressources de la syntaxe et de son imaginaire pour proposer une organisation poétique et thématique qui fait de l’opposition le support de l’harmonie et de la symétrie.

 

8 – Les cinq sens sont bien sollicités dans la description de ce « Parfum exotique ».

- La vue: « je vois » (v. 3 et 10), « éblouissent » (v. 4).

- L’odorat : « parfum » (titre et v. 12), « odeur » (v. 2 et 9).

- L’ouïe : « chant » au vers 14.

- Le goût : « savoureux » au vers 6.

- Le toucher: « chaud » au vers 1

 

9 – La sensualité est présente tout au long du poème par les nombreuses évocations suggestives qui l’émaillent. Elle découle notamment tout d’abord de cette insistance sur les corps : « sein   chaleureux » (vers 2), « corps […] mince et vigoureux » (v. 7), ensuite du contexte spatio-temporel :       « soir » (v. 1),   « soleil » (v. 4), « chaleur » (v. 1), « rivages » (v. 3), et enfin du thème de la nonchalance et de la langueur (prédominant dans l’érotisme baudelairien) : « paresseuse » (v. 5), « fatigués » (v. 11).

 

10 – Ce poème met en place une correspondance harmonieuse entre l’homme et la nature. Les hypallages[2] ont pour fonction de la rendre tangible, visible et sensible. Le poète transporte et transpose des caractéristiques humaines sur des éléments naturels présents dans le contexte. On donne ainsi l’impression d’une influence de la nature sur l’homme, mais aussi d’une certaine humanisation de la nature. On peut donc parler d’harmonie, de fusion, d’osmose qui font de ce paysage un véritable paradis.

11- Dans les deux quatrains, l’odorat (« je respire l’odeur ») engendre une vision (« je vois ») : les vers 1 et 2 induisent les vers 3 à 8. Le poète se fait voyant.

 

12 – Dans les tercets, l’odorat sollicite à nouveau le sens de la vue : le vers 9 (« Guidé par ton odeur ») engendre les vers 10 à 14 «je vois…». Cependant, le dernier tercet approfondit ce mouvement jusqu’à décrire une parfaite confusion des sens et des sensations : la vue (la vision du « port »), l’odorat (le  « parfum des verts tamariniers », le toucher (l’ « air ») et l’ouïe (le « chant »)    « se mêle[nt] dans [l’]âme » du poète au dernier vers.

 

13 – Le paysage évoqué dans ce sonnet ressemble aux représentations du paradis, telles qu’elles se Soit imposées dans l’imaginaire collectif On note en effet une double perfection, humaine et naturelle.

Le lieu est parfait car il contente les besoins essentiels de l’homme :

- nourriture (« fruits savoureux », v. 6),

- agrément et bien-être : le climat est bienfaisant (v. 1, 4, 5 et 9), la nature est agréable, elle flatte les sens (voir question 8).

- Les êtres humains sont parfaits physiquement (v. 7) et moralement (v. 8). Ils jouissent d’un bonheur total et absolu (v. 3).

On pourra utiliser le tableau de Poussin (Le Printemps ou le Paradis terrestre, peint entre 1660 et 1664) reproduit en couverture. Ce tableau est au Musée du Louvre (aile Richelieu, 2ème étage, salle 16, appelée la rotonde Poussin). Le tableau fait partie d’un ensemble de quatre toiles correspondant aux quatre saisons, elles font partie des toutes dernières œuvres de Poussin.

Nicolas Poussin, Le Printemps ou Le Paradis terrestre, Vers 1660-1664, Huile sur toile 1,18 m X 1,60 m, Musée du Louvre, Paris

14 – Ce paysage est idéal car il montre une correspondance (voir le poème « Correspondances ») verticale entre le parfum et le paradis rêvé par le poète. C’est donc un paysage intérieur et idéal (cf : sous-titre de cette section des Fleurs du Mal) comme le suggère le dernier vers   («  dans mon âme »). Le vrai lieu d’existence de ce paysage est l’âme du poète, ce que les nombreuses marques de la première personne suggéraient déjà (« je respire », « je vois »,   « je vois », « m’ », « mon »). L’intériorisation va de pair avec une certaine passivité : on voit le « je » actif (v. 1 à 11) devenir passif dans le dernier tercet (v. 12 à 14) : le poète est le propre spectateur de ses visions, de ses sensations, il devient lui-même le lieu subjectif de l’éclosion du poème. Le paysage rêvé n’est réalisé que par et dans le poème. L’idéalisation, l’intériorisation subjective (L’idéalisme) et l’expression des sentiments et des sensations intimes font bien de ce sonnet un poème lyrique.


[1] – SYNESTHÉSIE : Terme issu du grec « sunaisthêsis » qui signifie « perception simultanée ». On pratique la synesthésie lorsqu’on fait appel, pour définir une perception, à un terme normalement réservé à des sensations d’ordre différent. Par exemple, lorsqu’on qualifie certains sons (perception auditive) de perçants (sensation d’ordre tactile). Ou encore, lorsqu’on parle d’une couleur (sens de la vue) criarde (sens de l’ouïe) ou froide (sens du toucher). Au-delà de ces usages répandus dans la langue courante, les écrivains utilisent souvent la synesthésie pour parvenir à exprimer des nuances d’impressions ou de sentiments. Chateaubriand écrit par exemple : « Je croyais entendre la clarté de la lune chanter dans les bois ».

[2] – Figure de style qui consiste à transférer une caractéristique d’un élément sur un autre élément présent dans le contexte. Exemple : « rivages heureux », « île paresseuse » où les qualités humaines des insulaires sont transférées sur les éléments naturels de l’île. Cette figure crée une indécision entre les choses et les êtres, elle métaphorise et personnifie souvent des inanimés.

Maupassant, Bel-Ami, 1885.

30 mai

1ère analyse, 1ère façon d’entrée dans le roman.

Un portrait, un tableau.

Apparences physiques

Situation sociale et financière

“Il portait beau et par pose”

“Cambra sa taille, frisa sa moustache”

“joli garçon”

“il marchait… la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes comme s’il venait de descendre de cheval”

“il avançait brutalement…beau soldat tombé dans le civil”

“une certaine élégance tapageuse, un peu commune, réelle cependant”

“grand, bien fait, blond… mauvais sujet des romans populaires”

Situation sociale :

“par pose d’ancien sous-officier”

“d’un geste militaire”

“au temps où il portait l’uniforme des hussards”

“soldat tombé dans le civil”

 

Situation financière :

“gargote à prix fixe”

“il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois”

“Cela représentait deux dîners… au choix. Il réfléchit… C’était là sa grande dépense”

“habillé d’un complet de soixante francs”

Dans cette ouverture, le personnage de Georges Duroy apparaît avant tout soucieux de l’image qu’il offre aux autres. Une première expression le définit déjà précisément : “il portait beau par nature et par pose“. Il joue donc sur son physique plutôt avantageux et semble cultiver cet atout, car cet homme est un séducteur comme nous le prouve le passage : “et jeta… un de ces regards de joli garçon, qui s’étendent comme des coups d’éperviers“. Pourtant, à l’image de l’oiseau de proie, sous ce charme, se cache la brutalité d’un homme sans scrupule, “il avançait brutalement“, “il avait toujours l’air de défier quelqu’un” et finalement “il ressemblait bien au mauvais sujet des romans populaires“.

L’image qu’il offre de sa situation sociale confirme cette opposition entre l’apparence et la réalité du personnage. Il fréquente une “gargote à prix fixe” et “il lui restait en poche trois francs quarante pour finir le mois“. Il n’est donc plus qu’un ancien sous-officier désargenté. Cependant, il sacrifie deux dîners au profit d’une consommation dans un établissement de luxe sur le boulevard à seule fin de paraître et de plaire. Car Georges Duroy est un homme sensuel, préoccupé de jouir des plaisirs de la vie.

Portrait de Georges Duroy.

1 – Le physique

C’est un portrait en mouvement : ” sortit, cambra, marchait, avançait “. Georges DUROY est un personnage actif, on dira d’ailleurs plus tard que c’est un battant.
Sa silhouette est marquée de son passé militaire qui lui a laissé une certaine prestance : ” Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache d’un geste militaire et familier” et également tout le cinquième paragraphe : ” Il marchait ainsi qu’au temps où il portait l’uniforme des hussards, la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes, comme s’il venait de descendre de cheval ; et il avançait brutalement dans la rue pleine de monde, heurtant les épaules, poussant les gens pour ne point se déranger de sa route. Il inclinait légèrement sur l’oreille son chapeau haute forme assez défraîchi, et battait le pavé de son talon. Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière, par chic de beau soldat tombé dans le civil. “.
D’autre part, ” Son regard de joli garçon ” nous apparaît dans les premières lignes, et est repris à la fin du passage. Il englobe la vivacité de Georges DUROY, qualifiée comme ” des coups d’épervier “.   ” Frisa sa moustache d’un geste militaire et familier ” nous montre que Georges DUROY est très viril.
Ces deux points seront donc une arme de séduction que l’on retrouvera tout le long du roman.

2- Ces éléments suggèrent son portrait psychologique

A la fierté de son allure militaire correspond une certaine forme de brutalité, de provocation ” brutalement, heurtant, poussant, ne point déranger, défier “
Les termes sont abondants et se résument par la gradation finale : ” Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière “
Son esprit calculateur est décrit dès le 4ème paragraphe. Cette quasi obsession est dictée par la faim, la soif.

Les thèmes essentiels du roman affleurent dans cette ouverture

1 – Le caractère naturaliste du roman

Avec l’ambiance populaire (” bocks de bières, pain, saucisson, gargote, collation “), le caractère naturaliste est ici présenté et nous donne un aperçu de la vie parisienne, un soir d’été, près d’un boulevard.

2 – Une Soif d’argent !

Le lexique de l’argent apparaît dès la première ligne : ” Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges DUROY sortit du restaurant. ” et est bien présent en détail dans le 4ème paragraphe.

3 – les femmes

Un autre thème est aussi important, c’est celui des femmes, dont l’attention est retenue, et le regard que DUROY jette sur elles est une preuve de sa force de séduction.

  Conclusion

L’ouverture de ce roman remplit bien son contrat, elle nous informe en particulier sur le personnage central de Bel-Ami. Elle intrigue aussi par certains traits de caractère de ce dernier et les hypothèses commencent à poindre. De plus, les grands thèmes présentés sont annoncés : L’argent, les femmes, l’arrivisme

 

2nde analyse, seconde façon d’entrée dans le roman.

 

LE PORTRAIT DU HÉROS

 

L’intérêt premier de ce portrait est la façon dont Maupassant utilise les notations physiques pour suggérer des traits de caractère. Ainsi l’allure générale du personnage, immédiatement nommé, est mise en valeur dès le début, « Il portait beau de nature », « il cambra sa taille », et reprise en apposition dans le dernier paragraphe de l’extrait : « Grand, bien fait ». Il attire donc l’attention des femmes : elles « avaient levé les yeux vers lui ». Le premier détail évoqué, « sa moustache », lui donne un air viril : il « frisa sa moustache retroussée, qui semblait mousser sur sa lèvre ». Ce gros plan sur sa bouche annonce également son image de séducteur : il est celui que toutes les femmes voudront embrasser ! Quant à la blondeur de ses cheveux, associée à ses yeux « bleus, clairs », elle rappelle ses origines normandes, mais contraste avec les critères traditionnels de beauté du héros romantique, brun aux yeux sombres. Sa coiffure, avec « une raie au milieu du crâne » correspond à la mode de cette époque.

Mais quelques précisions associent ces traits physiques à des traits de caractère qui viennent nuancer l’impression produite par le héros. Est d’abord mentionné le regard « rapide et circulaire, un de ces regards de joli garçon qui s’étendent comme des coups d’épervier », filet que l’on lance pour capturer les poissons. L’enchaînement de la phrase suivante fait comprendre aussitôt que les poissons seront, bien sûr, « les femmes ». De même ses yeux sont « troués d’une pupille toute petite », comme s’il était aux aguets. Enfin on notera la récurrence pour sa couleur de cheveux : il est « blond, d’un blond châtain vaguement roussi ». Cette précision rappelle la couleur de la crinière d’un fauve…

Maupassant nous présente un personnage certes séduisant, mais qui semble un peu inquiétant par son aspect conquérant.

La seconde originalité de l’incipit vient du choix d’un portrait en mouvement. La première action du héros correspond, en effet, à un verbe de mouvement : il « sortit du restaurant ». Puis, après un bref arrêt, le 5ème paragraphe le met à nouveau en mouvement : Il marchait », « il avançait ». Rendant le portrait plus vivant, ce mouvement semble déjà annoncer un désir d’action, de ne pas rester à la place sociale où il se trouve au début du roman.
De plus, Maupassant insiste sur ses gestes et sur sa démarche, qui se rattachent à son passé d’ »ancien soldat » : « par pose d’ancien sous-officier », il « frisa sa moustache d’un geste militaire et familier », « Il marchait ainsi qu’au temps où il portait l’uniforme des hussards », « la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes comme s’il venait de descendre de cheval ». N’oublions pas que, pour le courant naturaliste, l’homme est le produit  de ses origines, de son éducation, de son histoire, car, même si Maupassant a toujours refusé l’étiquette de « naturaliste », le roman  en reprend largement les composantes.

Ainsi il possède l’allure conquérante du soldat, qui n’hésitera pas à écraser les autres quand cela lui sera nécessaire. Cela se traduit par le choix d’un lexique péjoratif, souligné par le rythme en gradation du paragraphe qui reproduit une démarche dont l’agressivité est de plus en plus flagrante : « brutalement », « heurtant les épaules », « poussant les gens ». A cela s’ajoutent les sonorités rythmées : il « battait le pavé de son talon ». Maupassant met donc en valeur la prétention et le manque de scrupules d’un personnage sans manières qui bouscule les autres « pour ne pas se déranger de sa route ». Enfin l’écrivain guide l’interprétation du lecteur avec une gradation qui amplifie son jugement critique sur un arriviste : « Il avait l’air de toujours défier quelqu’un, les passants, les maisons, la ville entière ».

 

Enfin Maupassant charge l’habillement de son héros, comme l’avait fait avant lui Balzac, d’une valeur symbolique. Le premier élément mis en relief est le « chapeau à haute forme », qui révèle son désir d’élégance. Mais des restrictions sont aussitôt apportées. D’abord il est « assez défraîchi » : même si Duroy n’a pas d’argent, il cherche à préserver son apparence séduisante. Ne sera-t-elle pas son gagne-pain ? Mais le port de ce chapeau est également révélateur : il l’« inclinait légèrement sur l’oreille ». Cela traduit une forme de désinvolture et lui donne un aspect un peu voyou, ce que confirme le commentaire final de Maupassant, avec la comparaison à un « mauvais sujet des romans populaires ».

Puis est mentionné le « complet », dans une phrase construite sur une série d’antithèses. Son prix, « soixante francs », dont on comprend qu’il est modique par la concession « quoique », montre sa situation matérielle, mais s’oppose à l’image méliorative qui le suit : « une certaine élégance ». Mais cette dernière expression s’oppose à son tour aux adjectifs péjoratifs qui la qualifient, « tapageuse, un peu commune », donc à une forme de vulgarité, contredite par une nouvelle opposition : « réelle cependant ». La complexité de cette phrase révèle clairement la contradiction du héros, qui bénéficie d’un charme certain, qu’il prend soin de mettre en valeur, mais n’a ni les manières ni la situation financière qui viendraient soutenir cet atout initial.

 

Ce portrait, au-delà du seul aspect physique, est déjà révélateur du caractère du personnage : il crée donc un horizon d’attente.

 

LA MISE EN PLACE DES THEMES DU ROMAN

 

Le roman s’ouvre en pleine action, celle de « rend[re] la monnaie » : c’est la technique de l’incipit « in medias res », qui séduit le lecteur en le plaçant immédiatement aux côtés du héros. Or cette action introduit un thème-clé du roman, l’argent, autour duquel se développe tout un réseau lexical révélant la médiocrité sociale du héros : « sa pièce de cent sous », qui, au lieu de parler d’un franc, semble déjà montrer que chaque sou est précieux, et « cette gargote à prix fixe », un restaurant de basse qualité. Tout le quatrième paragraphe reproduit, dans un monologue intérieur, les calculs serrés de Duroy, révélant à quel point il possède peu : « trois francs quarante pour finir le mois », or on est le « vingt-huit juin ».

En datant, même s’il ne donne ni année ni âge, et en chiffrant ainsi son incipit, Maupassant va permettre au lecteur de mesurer l’ascension sociale du héros. 

 

De plus Maupassant reprend ici l’optique du mouvement naturaliste. La première nécessité de l’homme, par sa « nature » animale, est alimentaire, et le romancier s’accorde le droit de montrer toutes les réalités sociales, y compris celles des milieux les plus populaires, n’hésitant pas à mettre l’accent sur les aspects les plus ordinaires de la vie quotidienne : « pain », « saucisson », « deux bocks ». Parallèlement ces précisions révèlent le caractère du héros, qui préfère se priver d’un dîner consistant plutôt que d’un plaisir sur lequel insiste la récurrence de l’adjectif : « C’était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits ».

Le troisième paragraphe du texte, en  nous faisant passer de la focalisation omnisciente à la focalisation interne, introduit le second thème, le rôle des femmes : c’est par le regard de Duroy que ces femmes sont vues, et c’est lui qui semble établir une gradation dans la hiérarchie sociale. Il commence par le milieu social le plus bas, et par les plus jeunes, donc sans doute les conquêtes les plus faciles, mais les moins intéressantes : « trois petites ouvrières ». Il passe ensuite à la « maîtresse de musique entre deux âges », déjà plus élevée socialement, puisqu’elle a dû recevoir une éducation, mais avec des restrictions dans l’énumération qui la rendent peu séduisante : « mal peignée », « négligée », « un chapeau toujours poussiéreux », « une robe toujours de travers ». La reprise de l’adverbe « toujours » montre aussi que Duroy est un habitué de ce lieu, qui a déjà mesuré l’intérêt d’une telle conquête. Enfin les « deux bourgeoises avec leurs maris » sont plus respectables socialement, et l’on notera que le fait qu’elles soient mariées n’empêche pas Duroy de les observer.

Enfin vient le lieu ultime, choisi par Duroy parce qu’il abritait alors de nombreux cafés mais que nous pouvons aussi relier aux femmes. Certes le nom de l’église vient de la maison de Marie, à Lorette, où elle aurait reçu l’annonciation de la naissance de Jésus. Mais on en a tiré, dès l’époque de sa création, dans la première moitié du siècle, un nom commun, une « lorette » étant, par antonymie, le contraire de la pureté de la Vierge, une femme facile, une fille légère, vu que ce quartier était habité par de nombreuses « courtisanes ».

 

Cela donne l’impression à la fois que toutes les femmes s’intéressent à lui et que, pour lui, toute femme est une proie potentielle. Ne posera-t-il pas en principe, dans la suite du roman que « Toutes les femmes sont des filles, il faut s’en servir » ?

CONCLUSION 

Cet incipit représente un texte essentiel et caractéristique du roman d’apprentissage, car il marque nettement la situation initiale du héros. Nous y découvrons ses manques : l’argent, et les femmes puisqu’il est ici seul. Mais il possède aussi des atouts. Ne porte-t-il pas d’ailleurs un nom prémonitoire : « Duroy » ? Ne peut que jouer en sa faveur sa séduction (cf. le titre du roman, Bel-Ami), liée à un évident manque de scrupules : il semble prêt à tout pour avancer, au sens propre et au sens figuré. En cela, il n’a pas la naïveté souvent caractéristique du héros de roman d’apprentissage. 

Il constitue aussi une première approche de Maupassant romancier. Même s’il a toujours refusé cette étiquette, le texte peut s’inscrire dans le courant naturaliste, qui fait suite au réalisme : l’homme est le produit de son hérédité et de son milieu, le héros est donc marqué par sa nature profonde, ses origines, sa profession. Aucun milieu, aucun lieu ne sera exclu, aucune réalité, même les plus vulgaires.

En revanche, sa technique pourrait plutôt être rattachée à la peinture impressionniste : en créant une constellation de détails, avec des touches successives qui se mêlent, voire s’opposent, il cherche à créer une impression d’ensemble sur le lecteur, subtilement guidé par le romancier.

 

Résumé du Dom Juan de Molière

30 mai

ACTE I

Gusman, écuyer de Done Elvire, converse avec Sganarelle, valet de Dom Juan. Il ne comprend pas que Dom Juan ait abandonné Done Elvire, qu’il avait épousée après l’avoir enlevée du couvent.

Sganarelle, désinvolte, répond aux interrogations de Gusman. Il lui enlève ses illusions et esquisse un portrait de son maître, libre penseur, « grand seigneur méchant homme » et « épouseur à toutes mains ». Arrive Dom Juan : il confie à Sganarelle que seule la conquête l’intéresse. Il évoque l’inconstance de l’amour et dévoile à son valet le secret de son propre caractère : il ne peut s’attacher à aucune femme, et rêve, tels les grands conquérants, de succès sans cesse recommencés. Le voici libre de se lancer dans une nouvelle « entreprise amoureuse » : il s’agit d’enlever une belle, au cours de la promenade en mer que lui offre son fiancé. Mais survient Elvire, douloureuse et indignée. Elle reproche à Dom Juan sa trahison et lui demande des comptes. Dom Juan se réfugie dans une impudente hypocrisie et lui répond avec le cynisme le plus odieux. Elvire appelle sur lui la punition du ciel et le quitte en le menaçant de sa vengeance. Dom Juan, impassible, s’apprête à mener à bien « l’entreprise amoureuse » dont il a parlé à Sganarelle

ACTE Il

 

Dom Juan a échoué dans son entreprise amoureuse. Alors qu’il souhaitait enlever la jeune fille en mer, une bourrasque a retourné sa barque. Il n’a été sauvé que grâce à l’intervention de Pierrot, un paysan. Pierrot et Charlotte discutent de ce sauvetage. Le jeune homme raconte comment il a sauvé du naufrage un grand seigneur magnifiquement vêtu.

Mais cet accident n’a pas tempéré les ardeurs de Dom Juan. A peine remis de ses émotions, Il fait les yeux doux à une jeune paysanne, Mathurine. Pierrot sort et Dom Juan entre en scène. Il entreprend de séduire Charlotte et lui promet le mariage. Charlotte, un moment hésitante se laisse gagner par l’ambition de devenir une noble dame. Pierrot, de retour, trouve Dom Juan baisant la main de Charlotte. Il se fâche, s’interpose mais doit vite quitter la scène sous les soufflets de celui qu’il vient pourtant de sauver de la noyade. Sganarelle essaye de s’interposer et reçoit quelques gifles qui ne lui étaient pas destinées.

Dom Juan fait la cour à Charlotte. Mathurine, la jeune paysanne qu’il a séduit précédemment, apparaît. Les deux paysannes se jettent l’une à l’autre les promesses de mariage que Dom Juan leur a faites. Le séducteur tente de persuader chacune d’elles qu’elle est la seule aimée.  Un valet vient prévenir Dom Juan que des hommes armés sont à sa recherche. Il prend la fuite.

 

ACTE III

Dom Juan, en habit de campagne et Sganarelle, en robe de médecin, font route à travers la forêt. Dom Juan confie à Sganarelle son scepticisme sur la médecine. Elle est selon lui un tissu d’absurdités. Il lui indique aussi qu’il ne croit pas plus en Dieu qu’à la médecine. Sganarelle, scandalisé une fois de plus, tente de démontrer l’existence de Dieu. En vain.

Les deux hommes se sont égarés. Ils demandent leur chemin à un pauvre homme qui leur indique le chemin de la ville. L’homme leur fait l’aumône. Dom Juan lui donne une pièce d’or « pour l’amour de l’humanité ».

Dom Juan entend des bruits d’épée. Il porte secours et sauve un gentilhomme attaqué par trois voleurs. Il s’agit de Dom Carlos, l’un des frères d’Elvire parti à sa poursuite. Les deux hommes, qui ne se connaissent pas, ne prennent pas conscience de l’incongruité de la situation.

Dom Alonse, un autre frère d’Elvire les rejoint. Lui, reconnaît Dom Juan l’ennemi de leur famille. Dom Carlos persuade son frère de remettre à plus tard la vengeance contre un homme qui vient si généreusement de lui sauver la vie.

Dom Juan promet à Dom Carlos d’être à ses ordres quand il le souhaitera. Demeurés seuls, Dom Juan et Sganarelle aperçoivent, entre les arbres, le tombeau d’un Commandeur. Il s’agit du commandeur que Dom Juan a tué en duel six mois auparavant. Celui-ci, par bravade, invite la statue du défunt à dîner. La statue incline la tête et indique ainsi qu’elle accepte l’invitation.

 

ACTE IV

Le soir même, Dom Juan, rentre chez lui, et attend son dîner. Se succèdent chez lui une foule d’importuns : M. Dimanche, son créancier. Dom Juan couvre l’intrus de tant de compliments que celui-ci n’a pas le temps de réclamer son dû. Arrive ensuite Dom Louis, père de Dom Juan, qui reproche à son fils sa conduite déshonorante. Dom Juan ne manifeste vis à vis de son père qu’une froide insolence. Puis c’est le tour d’Elvire. Touchée par la grâce, elle demande à Dom Juan, avant de retourner au couvent, de renoncer au vice et de se convertir en Dieu. Vaine intervention. Dom Juan est pourtant séduit par la jeune femme et a beaucoup de difficultés à la laisser partir. Dom Juan se met enfin à table, mais il a oublié son invité : la statue du Commandeur. Elle invite Dom Juan à dîner le lendemain.

 

ACTE V

Revirement de situation. Dom Juan annonce à son père qu’il s’est converti. Le vieil homme est touché par cette nouvelle et s’en félicite. Sganarelle, lui aussi se réjouit de la nouvelle. Mais Dom Juan le détrompe vite et lui indique que ceci n’est que pure hypocrisie. Dom Carlos, le frère d’Elvire, vient donner ses ordres à Dom Juan, en lui demandant de rester fidèle à sa sœur. Dom Juan se retranche derrière sa supposée conversion.

Dom Juan est allé trop loin. Le ciel décide de donner une ultime chance à cet effronté : une femme voilée, ayant l’allure d’un spectre et la voix d’Elvire, demande à Dom Juan de se repentir. Dom Juan veut frapper le spectre, mais celui-ci s’évanouit.

Dom Juan a laissé passer sa dernière chance. Surgit alors la statue du Commandeur. Elle rappelle à Dom Juan la promesse qu’il lui a faite : partager avec elle son repas. Elle entraîne Dom Juan dans les abîmes de la terre, en enfer. Sganarelle, resté seul, réclame, en vain, ses gages.

 

Georges Brassens, Don Juan, 1976.

28 mai

Georges Brassens, Don Juan, 1976.

 

Gloire à qui freine à mort, de peur d’écrabouiller
Le hérisson perdu, le crapaud fourvoyé
Et gloire à don Juan, d’avoir un jour souri
A celle à qui les autres n’attachaient aucun prix
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Gloire au flic qui barrait le passage aux autos
Pour laisser traverser les chats de Léautaud
Et gloire à don Juan d’avoir pris rendez-vous
Avec la délaissée, que l’amour désavoue
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Gloire au premier venu qui passe et qui se tait
Quand la canaille crie haro sur le baudet
Et gloire à don Juan pour ses galants discours
A celle à qui les autres faisaient jamais la cour
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Et gloire à ce curé sauvant son ennemi
Lors du massacre de la Saint-Barthélemy
Et gloire à don Juan qui couvrit de baisers
La fille que les autres refusaient d’embrasser
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Et gloire à ce soldat qui jeta son fusil
Plutôt que d’achever l’otage à sa merci
Et gloire à don Juan d’avoir osé trousser
Celle dont le jupon restait toujours baissé
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Gloire à la bonne sœur qui, par temps pas très chaud
Dégela dans sa main le pénis du manchot
Et gloire à don Juan qui fit reluire un soir
Ce cul déshérité ne sachant que s’asseoir
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Gloire à qui n’ayant pas d’idéal sacro-saint
Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins
Et gloire à don Juan qui rendit femme celle
Qui, sans lui, quelle horreur, serait morte pucelle
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

 

Dérogation à ses principes
Une fable sociale de Brassens : Tous les “intervenants” de la chanson — chauffeur n’ayant pas de temps à perdre, le flic “ayant d’autres chats à fouetter”, le témoin intimidé ne suivant pas l’instinct grégaire face à la “foule qui se déchaîne”, le curé défendant sa religion, le soldat formé pour tuer, la religieuse vouée à la chasteté, et enfin le voisin mécréant ne voulant pas convaincre son voisin de l’absence de Dieu (on n’aura pas tort de voir ici le chanteur lui-même, mais seulement à titre d’exemple) — ils méritent de la gloire pour avoir dérogé à leur principe face à un animal ou une personne en détresse… comme le machiste Don Juan qui, parmi toutes ses aventures, fait l’amour à une fille trop vilaine POUR elle, par pitié…
La morale est claire : faut pas juger une personne par ses paroles (“il me la faut”), mais par ses actes, ce qui implique qu’il faut regarder ces actes du point de vue de cette personne elle-même (et non par ses propres principes), c’est-à-dire, nous en tant qu’auditeurs, devons également oublier nos principes pour comprendre cette chanson.

“Comme souvent, afin de comprendre ce vers/refrain issu de la chanson de GB “Don Juan”, il convient de le replacer dans son contexte. De quoi s’agit-il dans cette chanson ? GB y chante les louanges de ces gens de peu, néanmoins pleinement humains, en quelque sorte “héros” du quotidien : celles du type qui “freine à mort” pour laisser la vie du hérisson sauve, celles de la bonne-soeur qui, prise de compassion, va – à l’encontre de la moralité prescrite par son église – “soulager” l’invalide à la force du poignet etc.
GB, prenant ici à nouveau le contrepied des idées reçues, place les exploits amoureux de Don Juan et de ses semblables sur le même plan que les B.A. de ces héros anonymes ; le donjuanisme, habituellement perçu comme une tare et décrié comme tel (“bourreau des coeurs”…), a aussi ses vertus, nous enseigne Brassens. En effet, qui en dehors du collectionneur de femmes insatiable, du coureur de jupons compulsif aurait des égards pour la femme généralement délaissée parce que peu séduisante, trop vieille (fille) ou carrément trop “vilaine” (nous y voilà) ? A y parier, sans doute pas grand monde… “Cette fille est trop vilaine, il me la faut” : GB s’amuse du fait que le critère de beauté n’entre pas en première ligne chez Don Juan, contrairement à celui du nombre (on n’entrera ici pas dans le détail de la psychologie de Don Juan). De là à vouloir séduire spécialement les laiderons, il y a un pas que GB franchit allègrement pour notre plus grand bonheur, l’effet comique ainsi généré étant redoutable(…)”.

Dans cette chanson, Brassens glorifie un flic, un curé et une bonne-soeur, personnages plutôt critiqués dans ses autres chansons. C’est peut-être une manière de montrer qu’il faut nuancer et ne pas tirer de généralités.

Des animaux méprisés
Le hérisson et le crapaud sont des animaux qui, en général, n’attirent pas la sympathie des gens. Et pourtant, l’automobiliste de Brassens freine “à mort” pour ne les tuer. Je vois dans ce passage, en plus, une allusion de GB au poème de Victor Hugo, “Le crapaud”, dont le premier vers est celui-ci:
“Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?”.

GB met à l’épreuve la chasteté prônée par l’Eglise au regard de la Charité que cette même Eglise place au-dessus de tout.
Pour lui, c’est une application de l’attention aux pauvres enseignée par Jésus, cela ne fait nul doute. D’ailleurs, c’est pour cela que les religieux ici sont particulièrement édifiants. La logique est décapante, mais elle se situe dans un cadre où l’union des corps n’a d’autre sens que le plaisir, ce que l’Eglise ne peut concevoir. Il n’empêche que “les bonnes âmes” sont forcément très dérangées par une telle audace.

Paul Léautaud eut, dit-il, “au moins 300 chats et 150 chiens. Pas tous à la fois.”

La Fontaine, dans Les Animaux Malades de la Peste (Fable 1, Livre VII). Fable à relire de toute urgence dans nos temps troublés. On se souvient de la morale:
“Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.”
HARO! ce cri d’appel au lynchage serait d’origine normande.

Le massacre de la Saint-Barthélemy
Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, les protestants, réunis à Paris pour le mariage de leur chef Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sont massacrés. Catherine de Médicis et les Guises, qui redoutaient l’influence du protestant Coligny sur le roi Charles IX, décident de supprimer les princes protestants. Le massacre fait 3 000 victimes et Henri de Navarre n’en réchappe qu’en abjurant. C’est l’un des événements les plus tragiques des guerres de Religion qui ensanglantèrent le royaume entre 1562 et 1598.

Un idéal?
Phrase (vers 31-32) proposée à des élèves de 16 ans dans le cadre d’une réflexion sur le sens de la vie. Ces 4 vers sont-ils porteurs d’un idéal ?
Approche sommaire du vocabulaire choisi, ébauche d’analyse. Sans prétention. Pardon Georges.
- gloire, idéal, sacro-saint : chant lexical religieux
- se borne : pas très ambitieux
- emmerder : langage familier
- ses voisins : l’autre ou les autres ?
Présentation de la chanson : mise en scène de gens ordinaires, qui, chacun à leur manière, se comportent hors clichés. Au nom d’une conception de l’être humain ou de l’autre en général. Davantage que de soi.

Se présente en négation. Double. Souvent, les pensées retenues comme maximes, comme devises sont affirmatives (à vérifier, mais a priori….)
Il faut la retourner pour la clarifier
Celui qui a un idéal sacro-saint a toutes les chances d’emmerder ses voisins. C’est pourtant celui-là qui souvent est glorifié. Puisque son idéal est reconnu par un grand nombre…(Au passage, “à plus de quatre”…). Qui n’a de cesse (que) de l’imposer aux récalcitrants voisins, proches ou moins.
Une religion révélée par exemple énonce des vérités, venues d’en haut, érigées en dogmes, incritiquables… Saintes. Sacrées. Qui, hélas, ont souvent servi à opprimer, persécuter, enfermer.
« Se borne » : pas un peu « petit bras » comme morale ? Quel est concrètement le projet de vie qui se cache là-derrière ? Mettons que ce soit un code éthique, cela influence-t-il la manière dont j’arrive à l’école, dont je me déplace dans les couloirs, dont je me comporte avec les autres ?
Qui sont ces voisins ? Ceux que le hasard met sur notre route ou ceux qu’on choisit ? (…)
Finalement oui. De quoi en faire l’incarnation d’une éthique personnelle libre proche de l’anneau de Gygès.

 

PREMIER AXE : UNE DOUBLE NARRATION EN MIROIR

 

L’objectif de Brassens est de se fonder sur des attitudes humaines pour les valoriser. L’anaphore « gloire à », au début de chaque strophe, ressemble au chant de louange chrétien (gloire à Dieu) : il s’agit donc d’une prière, comme celle que Brassens avait chanté en adaptant le poème de Francis Jammes. Mais pour atténuer l’aspect pompeux de la glorification qui rythme son texte, il raconte des petits faits de la vie quotidienne emblématiques, parfois anodins. La première narration enchaîne donc une série de tableaux, des glorifications qui utilisent les personnages habituels de l’univers poétique de Brassens, c’est-à-dire les gens du peuple, les symboles de la vie communautaire : l’automobiliste (1e strophe), le flic (2e strophe), le passant (3e strophe), le curé (4e strophe), le soldat (5e strophe), la bonne sœur (6e strophe), le voisin (7e strophe). La seconde narration éclaire une seconde glorification : celle de Don Juan, personnage littéraire qui symbolise lui le séducteur, le collectionneur de femmes. Cette seconde narration, elle, se développe en une seule unité discursive puisque Brassens raconte une conquête amoureuse, du sourire séducteur à l’acte physique. Le lien entre les actes quotidiens et le récit d’une séduction se fait par la reprise de « gloire à », répété dans le poème 14 fois.

Si nous étudions les actes valorisés, nous nous apercevons qu’ils sont tous en direction de victimes symboliques. Le hérisson, le crapaud, les chats de Léautaud sont des victimes de la circulation, un homme est victime d’une accusation spontanée (que Brassens reprend à La Fontaine[1], « haro sur le baudet »), le protestant est victime des massacres catholiques de la St Barthélemy, l’otage se trouve « à la merci » d’un soldat, le manchot est victime de son handicap, le voisin se veut victime de son voisin. Nous retrouvons l’illustration des positions idéologiques du poète : il se pose comme le défenseur du plus faible. Notons que dans cette évocation les hommes se mélangent aux animaux, comme dans une fable ou comme dans l’univers symbolique de la Bible.

Quelle est la valeur morale que Brassens glorifie ? Elle participe de l’humanisme du chanteur qui met au cœur de ses préoccupations morales la solidarité. Les deux premières strophes montrent le respect du plus faible sous la forme d’une opposition entre la Nature et la Civilisation. La nature est représentée par les animaux, par leur instinct, mais aussi par la misanthropie de l’écrivain Paul Léautaud, cité comme exemple d’un homme marginal, un singulier amateur de chats. La Civilisation, elle, est capable d’écraser. L’acte valorisé se fonde sur deux verbes (freiner, barrer) et l’automobiliste et le flic ont donc l’image d’un sauveur de vies. Les strophes 3, 4 et 5 évoquent des circonstances plus historicisées. Il peut s’agir d’un lynchage (la « canaille » représente la foule qui insulte, qui condamne), il évoque le célèbre épisode du massacre violent de la Saint Barthélemy au 16e siècle, et enfin une scène d’otages qui pourrait faire penser aux guerres modernes. Brassens utilise une gradation dans la valorisation du sauveur. Dans la strophe 3, il s’agit du courage de ne pas agir (se taire = ne pas mêler sa voix à celle des accusateurs haineux), dans la strophe 4, il s’agit du courage d’agir c’est-à-dire de faire de son ennemi un ami (l’emploi du démonstratif « ce curé» fait de cet homme un héros), dans la strophe 5, il s’agit du courage de désobéir (jeter son fusil est un acte de rébellion). Bien sûr, Brassens aime la provocation et la strophe 6, évoque cette fois, dans un contexte plus immoral, une scène grivoise qu’on croirait tirer des Fabliaux du moyen âge. Il s’agit pour le chanteur de faire sourire son public après 3 strophes au registre dramatique. Cette strophe comique et pornographique illustre une solidarité corporelle et se fonde sur l’union de deux « handicapés du corps » (la religieuse qui ne connaît pas l’amour physique, le manchot victime de sa mutilation). Le mot le plus important de cette strophe est sans doute caché dans le titre même de celle qui sauve : la « bonne sœur » équivaut à la bonté, à la solidarité qu’illustre le poème. La strophe 7, enfin, évoque comme une leçon la paix d’une communauté de voisins (le sauveur étant celui qui veut « ne pas trop emmerder » les autres avec ses opinions : on note le modalisateur « ne pas trop » qui renforce l’effort d’une générosité qui peut parfois être défaillante).

Les deux narrations fonctionnent donc en miroir, car, pour Brassens, le lien existe entre l’attitude des sauveurs de notre quotidien et la volonté de séduire que Don Juan incarne. Nous allons voir, cependant, que cette volonté de séduire est illustrée de manière paradoxale et réactualise le mythe.

 

DEUXIEME AXE : UNE REACTUALISATION PARADOXALE DU MYTHE DE DON JUAN

 

L’image traditionnelle de Don Juan est celle d’un libertin, coureur de jupons, qui aime la conquête plus que l’amour. Or le lecteur est étonné par les rectifications que propose Brassens. On note quatre paradoxes :

  1. LA CONSTANCE

Le premier paradoxe est illustré par l’attitude de Don Juan. En effet, nous voyons que Don Juan n’apparaît pas comme un collectionneur de femmes, un inconstant. Une seule femme existe dans ce poème. Et le développement de la seconde narration montre une constance affermie à chaque étape de la séduction. Le refrain « il me la faut » amplifie la volonté du séducteur, et rien dans le poème ne nous dit que cette jeune fille sera quittée et remplacée. Brassens va également transformer le nombre, c’est-à-dire la collection (1003 femmes dans la tradition), en une élection, c’est-à-dire une fille choisie (on remarque à nouveau le démonstratif « cette fille »).

  1. L’ABSENCE DE CHARME

Le second paradoxe est illustré par l’objet du désir. La séduction est associée implicitement aux charmes des femmes et le poème amuse parce qu’ici ce charme est anéanti par l’adjectif « vilaine », longuement répété. Cet adjectif simple, presque naïf, pourrait évoquer la phrase de Sganarelle dans le Dom Juan de Molière : « il est fort vilain d’aimer de tous côtés comme vous faites ». Le vilain libertin (jugement éthique) se transforme chez Brassens en brave homme devant une vilaine (jugement esthétique) qui a besoin de son amour. La démonstration de l’auteur est celle-ci : puisque cette fille est trop vilaine pour intéresser les autres jeunes gens (les garçons qui épousent), seul Don Juan (qui aime conquérir, et qui dépasse facilement, de ce fait, la disgrâce physique de la « vilaine ») peut s’intéresser à elle. Il fait de Don Juan, le sauveur d’une faiblesse physique : le manque de charmes.

  1. LES BIENFAITS

Le troisième paradoxe est illustré par la structure du récit. Aucun des termes employés par Brassens n’est dévalorisant. Au contraire, les 7 étapes de la conquête sont liées aux bienfaits apportés par le séducteur. Il existe donc 7 bienfaits (le sourire, le rendez-vous, la cour, le baiser, le déshabillage, la relation sexuelle, le statut de femme). La gradation de ces actes grandit Don Juan en même temps que sa conquête (la fille vilaine, pucelle honteuse, est « rendue femme » par Don Juan. Cet homme répond, en somme, au secret espoir de la fille : connaître une valorisation de soi par l’acte amoureux).

  1. L’ALTERITE

Le quatrième paradoxe est illustré par une perspective morale. Il va plus loin que la simple narration des étapes. On sent que Brassens dessine un apologue sur l’altérité qui permet d’homogénéiser les deux narrations en miroir. Si Don Juan est le sauveur de la fille vilaine, c’est qu’il agit par sympathie (au sens fort du terme), qu’il a le courage de voir l’autre sans la barrière de l’apparence physique. Le sauveur, nous dit Brassens, est celui qui a une mission, celui qui n’agit pas comme la foule, celui qui ne se conforme pas à la doxa. Il s’agit de faire du séducteur un homme glorifié par sa singularité, sa liberté.


[1] Les animaux malades de la peste

Molière, Dom Juan, Acte V, scènes 3,4,5 et 6. Le châtiment.

27 mai

Questions 2 – 3 – 5 – 6 – 10 – 11.

 

2 – Le fait que Don Juan attaque le fantôme et accepte la main du Commandeur peuvent être interprétés comme les marques d’un très grand courage, d’une adé­quation parfaite entre ses actes et ses idées ou comme la preuve d’une inconscience aberrante et d’un entêtement absurde. Jusque-là, il défiait indirectement le surnatu­rel par ses paroles et son comportement immoral vis-à-vis des humains. Ici, dans cette attaque directe, il outrepasse les limites du tolérable pour tout croyant. Il mani­feste ainsi que son cas est désespéré et que sa punition s’impose.

La description de ce que Don Juan ressent a deux fonctions. Elle peut se justifier par la surprise qu’il éprouve. Celle-ci montre que, jusqu’à la dernière seconde, il a été incrédule. De plus, il faut que le public soit informé de la terrible souffrance que subit le héros pour pouvoir juger de la pertinence du châtiment et s’en effrayer.

 

3 – La statue utilise la troisième personne. C’est une façon d’accroître la solennité de la mise en demeure mais c’est aussi une façon de prendre à témoin le public, de lui annoncer l’imminence du châtiment annoncé depuis le début de la pièce et de le rendre ainsi plus exemplaire encore. Le Commandeur interpelle Don Juan directe­ment mais l’utilisation du pronom on généralise le propos et annonce un sort iden­tique à qui s’aviserait de suivre l’exemple de Don Juan.

 

5 – La comédie s’achève en général par une réconciliation de tous les protagonistes dont le conflit est résolu. L’énumération des pluriels de la réplique (l.241 à 243) montre qu’une multitude d’individus a été outragée par Don Juan et pas seulement les quelques personnages mis en scène. Don Juan n’empêchait pas comme Tartuffe le rapprochement de certaines personnes. Il était poursuivi par des individus offensés chacun à un titre divers et qui n’avaient pas d’intérêt commun. La disparition de Don Juan peut cependant laisser un sentiment de frustration car si le monstre est puni, ses victimes ne sont pas dédommagées et la frustration qu’exprime Sganarelle résume toutes les autres. La scène vide renvoie à ce sentiment de manque que chacun peut éprouver. Elle laisse aussi le spectateur sous le coup de l’effroi créé par le terrible jeu de scène que le texte décrit.

 

6 – Cette réplique détruit l’effet moralisateur du dénouement. Elle crée un contraste bouffon avec la solennité du moment et l’élévation des préoccupations expri­mées. Elle relativise la nécessité du châtiment, après tout, Don Juan était utile, il faisait vivre Sganarelle. Elle manifeste aussi l’hypocrisie de Sganarelle qui, après n’avoir cessé de crier à l’immoralité, fait ici passer son intérêt matériel avant la justice.

 

10 – La statue exprime le point de vue de Dieu dont la miséricorde n’est pas infinie. Il laisse un certain nombre de chances de rachat au pécheur mais ne peut accepter que ces faveurs soient méprisées. Le christianisme affirme que toute faute peut être pardonnée si elle suscite un repentir sincère. En revanche, l’absence de contrition est impardonnable et sera sévèrement châtiée.

Sganarelle exprime plutôt la cause des valeurs humaines, ici classées par ordre d’importance décroissante.

Les éclairs attributs de Zeus symbolisent par extension la colère du Dieu de la Bible dans des tableaux, comme par exemple l’hiver ou le déluge de Nicolas Poussin. Le feu d’en bas renvoie à une figuration traditionnelle de l’Enfer, imaginé comme un éternel brasier. Le jeu de scène signifie donc que la colère de Dieu jette Don Juan dans l’Enfer.

 

11 – On a vu comment l’attitude de Sganarelle crée un contrepoint. Il permet de donner à la pièce un dénouement relativement cohérent avec le genre annoncé. À travers sa réplique s’expriment les exigences de la vie qui continue. Ainsi, la mort est dépassée, effacée et n’est plus objet de méditation. La misère de Sganarelle efface l’exemplarité du châtiment et nous fait redescendre à un niveau très prosaïque. Le quotidien s’impose à nouveau avec ses exigences incontournables en reléguant au second plan les préoccupations de la pure morale.

 

Molière, Dom Juan, Acte IV, scènes 7 et 8. L’escalade de la provocation

27 mai

Questions n° 1- 2 – 3.

 

1 – p.130 – Sganarelle adopte ici le comportement du valet de la commedia dell’arte, toujours affamé et à l’affût de quelque chose à dérober. Dans ce même registre, on l’a vu risquer d’être battu à la place de son maître, s’effondrer dans sa démonstration d’habileté, trembler de terreur devant le prodige. Cependant, il est aussi souvent raisonneur, familier, quand son maître l’y autorise, et fait souvent figure de double caricatural de Don Juan.

La Statue du Commandeur

 

2 – p.130 – Don Juan se confie à Sganarelle non sans un certain cynisme à l’égard d’Elvire et avec son habituel goût de la provocation. Il s’amuse à menacer sadiquement Sganarelle quand il constate son larcin, mais finalement se montre généreux. Puis, il l’oblige, malgré sa terreur, à faire bonne figure au Commandeur. La présence de Sganarelle induit des effets comiques qui dédramatisent la situation. Sa goinfrerie fait oublier la perversité de Don Juan. sa terreur, rendue cocasse par le flegme de Don Juan, neutralise le sens prophétique et moralisateur de la visite du Commandeur.

 

3 – p.131 – Don Juan partage avec Sganarelle une certaine intimité et fait preuve d’une relative générosité expliquée par le fait, cependant, qu’il a besoin de son valet. Il accueille l’apparition du Commandeur, dont il ne peut plus ignorer l’aspect spectaculaire, avec beaucoup de sang-froid.

Le personnage du Commandeur est certes un personnage autonome mais Molière ne fait un instrument de la justice divine, pure force punitive et répressive.

 

 

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